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Devenir coach ou être coach.
Devenir coach ou être coach aujourd'hui, c'est être un coach "en devenir" c'est-à-dire "être" dans une remise en question permanente. Les métiers de l'accompagnement nécessitent une remise en question constante, ce qui n'est pas chose facile, loin de là...
'' "être-homme'', écrit Binswanger, ''ne signifie pas seulement être une créature créée par la vie et qui meurt, créature jetée dans la vie et par elle ballotée de-ci de-là, ...cela signifie être un être qui regarde dans les yeux de son destin et dans les yeux du destin de l'humanité, décidé, autonome. " Binswanger, cité par Roger Mucchielli in Analyse existentielle et psychothérapie phénoméno-structurale, Editions Dessart, 1967, p.16.
La pratique du coaching peut réellement devenir une épreuve pour un coach , dans la mesure où celui-ci se doit, au travers de sa propre pratique et d'une certaine philosophie de sa pratique, d'intervenir dans la vie d'un autre être.
Tenter de soutenir un accompagnement au travers des préoccupations que l'un (le coach) et l'autre (le coaché) vivent dans leur quotidien. Mais aussi, des épreuves, que l'autre (le "coaché) abordera, affrontera, ou fera émerger (avec l'aide du coach), plus ou moins adroitement, tout le long de l'accompagnement.
Devenir coach ou être coach, c'est aussi être en mesure d 'appréhender les tendances de notre société communicante, dans ce qu'elle peut avoir de "confus" ou de "manipulateur". Chaque personne est d'une certaine façon, et très subjectivement, reliée au groupe social qui structure en grande partie son devenir.
Nous sommes constamment "plongés dans le bain", se remettre en question et questionner le monde ambiant est donc une hygiène de vie quotidienne nécessaire que chacun devrait avoir afin de trouver du sens là où la confusion et l'inauthenticité règnent (parfois)...
Comme le souligne le philosophe Michel Terestchenko, "De la détermination même de la nature de l'individu, à la fois sujet responsable de soi (sujet moral), et être historique, social, façonné en quelque sorte par son appartenance à un monde contingent, dépend la définition de la nature de la liberté et de la responsabilité de l'homme." Michel Terestchenko, Philosophie politique Tome 1.Individu et société, Les fondamentaux Hachette Supérieur, 2000. p.10

Etre coach c'est donc méditer sa pratique, penser son métier, se questionner soi-même.
C'est aussi être questionné par d'autres, ce qui inclut -nécessairement- un travail thérapeutique et une pratique de supervision, indépendamment de tout autre type d'échange informel.
Tout investissement en formation théorique ne saurait, en ce sens, faire l'économie de ces deux obligations en matière d'accompagnement et de coaching.
Cette volonté de questionnement est née, pour ma part, de rencontres déterminantes et d'un triple constat :
1) le monde est en constante accélération, notre société fait que les distances entre les opérateurs sont plus courtes et les vitesses entre les opérations courantes sont plus grandes. Cette brusquerie générale favorise collisions et incompréhensions. Sur ce sujet, je vous recommande un film très réussi "Collision" du réalisateur Paul Haggis (Oscar du meilleur film en 2005).
2) notre société est une société du remplissage et de l'uniformisation. Cela affecte tous les secteurs et tend à dénaturer une pensée hétérogène en une pensée homogène, ce qui contribue -par exemple- à ce que les pharmacies ressemblent à des magasins d'alimentation générale ou à des parfumeries,
3) le monde du divertissement, corrolaire de la société du spectacle, défini comme un « besoin vital » dans une récente publicité du GroupeVivendi, est (toujours plus) soutenu et encouragé par une consommation télévisuelle (moyenne quotidienne par foyer français de 5h48 en 2007 selon Médiamétrie) qui colporte, auprès du téléspectateur, (et des observateurs) son lot d'informations dans un ordre d'importance tout à fait discutable, mais aussi de superficialités et d'inepties.
Si ces faits me questionnent -en toile de fond- c'est qu'ils affectent -en premier plan- trois instances fondamentales de la vie de l'Homme et ont, à mon sens, des conséquences sur les possibilités de relations authentiques entre personnes :
1) distances et vitesses renvoient à la notion de temps. Il n'a jamais autant été question, en matière de coaching aussi, de rapports au gain de temps et à l'efficacité pour un "toujours plus vite", hystérique et contagieux, doublé d'un "encore mieux" spéculatif et miséreux. Je crois que nous appelons cela "optimiser" le temps...
2) remplissage et uniformisation renvoient à la notion d'espace, et plus précisément à la notion de contrastes à l'intérieur même de cet espace. Souhaitons-nous, par delà les différences et les singularités, encore "plus du même coaching" ?
3) divertissement et aspects ludiques renvoient à la notion d'ambiance. Comment penser la gravité (qui est aussi ce qui nous permet de garder les pieds sur terre) que requiert parfois un véritable accompagnement, dans l'amusement et la légèreté ? Autrement dit, que cherche-t-on à faire (ou plutôt à éviter), lorsque l'on propose un coaching "ludique", "convivial" ou de "séduction" ?
Aujourd'hui critiquée, certainement critiquable sous bien des aspects, la profession de coach, et la posture même de coach, est dans le même temps, comme je le sous-entendais plus haut, réifiée par une société de consommation et de divertissement qui dans ses représentations médiatiques (notamment au travers des émissions de télé-réalité) assimile le coach à un sergent-instructeur ou un pseudo-expert.
Le terme "coach" est tout autant galvaudé que récupéré par les mouvements sectaires et gourous de tous genres, le coaching sert aujourd'hui -aussi- de prétexte à tout et pour tout.
Parallèlement à ces écarts éthiques et moraux, notre profession se structure et s'appuie, cependant, sur des formations universitaires diplômantes et des associations de professionnels actives. Je mentionnerai ici l'école de formation à laquelle je suis affilié et de laquelle j'ai reçu mon diplôme : l'Université Paul Cézanne d'Aix-en-Provence, dont le troisième cycle "Coaching" est dirigé par Lucien Lemaire.
Ce constat ne veut, toutefois, pas dire que tous les risques soient écartés, d'un simple revers de la main, mais bien que la profession prend -progressivement- conscience des dérives pratiquées sous les termes de "coach", "coaching", et qu'il y a (manisfestement) une volonté pour que ces dérives cessent.
Comment donc alors penser l' Homme et le Coaching ?
Sommes-nous conscients de nos pratiques professionnelles, des fondements épistémologiques et anthropologiques auxquelles celles-ci se réfèrent ?
Une théorie de l'accompagnement élaborée à partir de la modélisation (c'est-à-dire l'art de la représentation), qui postule que les grilles et les techniques opératoires permettent à un individu de mieux comprendre ses aspirations, ses croyances et ses valeurs, ne repose pas sur les mêmes fondements et n'aboutit pas aux mêmes résultats qu'une théorie reposant sur l'idée qu'un inconscient préexiste.
Sommes nous uniquement, nous autres coachs, les acteurs d'une nouvelle forme de contrôle social comme semblent le penser les psychanalyste et philosophe Roland Gori et Pierre Le Coz, ou bien sommes-nous en mesure de penser notre métier en termes clairs et précis ?
Le Coaching est-il un art de la relation ?
Ce dont le philosophe Henri Maldiney nous parle en termes de "présence", doit être entendu comme "présence humaine", c'est-à-dire l'irremplaçable humanitude que l'on ne fait pourtant que renier, manipuler ou brusquer lorsque celle-ci n'est appréhendée qu'en termes utilitaristes de "résultats", "objectifs", "performance".
En effet, que serait donc un peintre ou un sculpteur sans ses connaissances techniques, certes, sans sa volonté d'aboutir à un résultat et de s'en donner les moyens, certes, mais aussi et surtout sans sa capacité à créer, dévoiler, ouvrir et questionner sa relation à l'œuvre d'art ?
Sommes-nous disposés à faire du coaching un art de la relation et non pas une entreprise de production de résultats ou, pour paraphraser le docteur Ado Huygens professeur et intervenant à la formation D.E.S.U Coaching d'Aix-en-Provence, comprendre que, tout comme dans l'art, il y a des différences entre "œuvre d'art qui ouvre un monde à partir d'elle-même et production artistique qui n'en ouvre pas" ?
Les problématiques relationnelles, celles qui jalonnent et minent parfois les relations interpersonnelles rejaillissent lorsque les fondements sur lesquels repose notre relation aux autres (concurrents, partenaires, prestataires, personnes...) vacillent, ou lorsque la relation, elle-même, est tronquée.
Ces problématiques ne relèvent pas, à mon sens, d'un coaching de "production" ou de "séduction" mais bien d'un coaching du dévoilement de la demande.
Que demandons-nous réellement (au fond) lorsque nous demandons ?
Comment, par exemple, penser le rapport entre "vie professionnelle" et "vie personnelle" et de quelle nature est ce rapport ?
Je suis convaincu qu'une certaine manière d'être un coach et de faire du coaching peut être beaucoup plus qu'un simple avatar du consumérisme utilitariste. Encore faudrait-il vouloir s'affranchir de ce que le philosophe allemand Edmond Husserl appelait "ce manteau d'idées qui recouvre le monde", pour pouvoir toucher le réel.
Auteur : Norbert MACIA